Partenariat dans le système de développement des connaissances

Au cours des dix dernières années, plusieurs réflexions ont été menées pour, d’une part, faire le point des liaisons entre la recherche, la vulgarisation, les producteurs et leurs organisations professionnelles, les ONG et, d’autre part, pour envisager de nouvelles perspectives pour les années à venir. C’est dans ce cadre que furent organisées entre 1995 et 1996 des concertations nationales sur ces différents thèmes, notamment : liaison entre recherche, vulgarisation, organisations paysannes et ONG ; rôle et organisation de la recherche-développement ; rôle de la société civile dans le processus de génération et de transfert de technologies. Ces concertations ont montré que des progrès significatifs avaient été réalisés mais que beaucoup d’efforts restaient à faire, entre autre, pour tenir compte des insuffisances du passé et surtout du nouveau contexte socio-politique marqué par le désengagement progressif de l’Etat et la responsabilisation des organisations professionnelles de producteurs pour la prise en charge de certaines fonctions de développement jadis dévolues aux structures publiques.
Les résultats de ces réflexions nationales ont été valorisés au niveau de l’INERA à travers un certain nombre de réformes visant une meilleure optimisation de l’impact de la recherche sur le développement.
Ainsi, plusieurs initiatives ont été développées au sein de l’institut en vue du renforcement de l’interface entre la recherche et le développement et ce depuis le début des années’90.
Au-delà des réformes organisationnelles entreprises, plus particulièrement le renforcement de la décentralisation des structures de recherche pour mieux les rapprocher des producteurs par la création des CRREA, une stratégie de liaison recherche-utilisateurs a été développée. Cette stratégie s’est traduite notamment :

Renforcement des éléments de synergie Recherche-Développement au niveau central et décentralisé

Cela a été particulièrement marqué par la création de postes de responsables chargés de la liaison entre la Recherche et le Développement au niveau central et au niveau des différentes régions de recherche.

Renforcement des partenariats avec les projets et programmes de développement, les ONG

Depuis le milieu des années’80, l’INERA s’est beaucoup investi en vue d’apporter l’accompagnement nécessaire aux projets et programmes de développement. Cela a été particulièrement remarquable avec le programme 6ème FED (Yatenga, Sourou, Passoré), le projet vivrier Nord Yatenga (PVNY), le programme spécial de conservation des eaux et des sols et agroforesterie (CES/AGF) dans le plateau central appuyé par la BOAD et le FIDA, le programme national de gestion des terroirs (PNGT) soutenu par la Banque Mondiale.
Récemment et au cours des années’90, l’appui de l’INERA en matière de Recherche-Accompagnement s’est étendu à plusieurs autres projets sur toute l’étendue du pays dont le projet de gestion des ressources naturelles du Bazèga (PGRN-B), actuel projet de développement rural, décentralisé et participatif Bazèga/Kadiogo (PDRDP B/K), du projet de développement de l’élevage au Soum (PDES), tous deux soutenus par la BAD, le projet de développement rural de la province du Boulgou (PDR-B) soutenu par la coopération Danoise…
Pour tous ces différents projets de développement, l’INERA apporte des réponses à des préoccupations précises posées par les acteurs du développement.

Mise en œuvre du développement participatif de technologies (DPT)

En plus de l’appui direct aux projets ou programmes de développement, l’INERA a aussi le souci de répondre directement aux sollicitations posées par les producteurs à travers leurs organisations de producteurs. Pour ce faire il s’est forgée une démarche dite « Développement Participatif de Technologies – DPT).

Le développement participatif de technologies est né de la volonté exprimée par les producteurs lors de nombreuses réflexions nationales en vue de l’établissement de partenariats directs avec la recherche. Elle s’inscrit également dans le souci de l’INERA d’habituer progressivement les progressivement les producteurs à contacter la recherche pour rechercher des solutions aux problèmes de production agricole rencontrés.
La philosophie du DPT a donc été bâtie sur le postulat que « tout résultat de recherche généré en réponse à la demande des producteurs et avec eux est facilement valorisé par ceux-ci ».

Les principaux objectifs du DPT sont les suivants :

  1. Habituer les producteurs (usagers) à exprimer des demandes vis à vis de la recherche
  2. Assurer un lien étroit entre la recherche et la production
  3. Permettre une valorisation effective de l’expertise des producteurs dans la définition des activités de recherche

Cette stratégie DPT est en concordance avec la dynamique en cours au sein des institutions rurales, marquée notamment par l’émergence d’organisations faîtières nationales de producteurs : (i) la fédération des professionnels agricoles du Burkina (FEPA-B), (ii) l’union nationale des jeunes producteurs agricoles du Burkina (UNJPA-B), (iii) l’union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPC-B), (iv) la fédération nationale des femmes rurales du Burkina (FENAFER-B), (v) la fédération des éleveurs du Burkina (FEB). Ces faîtières nationales ont mis en place une plate-forme nationale dite la confédération paysanne du Faso (CPF) au cours du dernier trimestre de 2002 (25-27 Novembre 2002).
Parallèlement et au niveau de la base, les organisations membres de ces faîtières nationales ont accéléré le renforcement de leur structuration et cela a notamment abouti à l’émergence de plusieurs structures organisées autour des filières (riz, oléagineux, céréales, viande, lait…). A ceux-ci s’ajoutent d’autres organisations à caractère syndical ou assurant un rôle de facilitation et de plaidoyer; c’est le cas par exemple de la fédération nationale des organisations paysannes (FENOP), du conseil des oléagineux du Burkina (COB)…
Cette dynamique au sein des producteurs traduit surtout leur désir de se professionnaliser en innovant leurs pratiques quotidiennes de production et cela en réponse à un contexte sous-régional et international marqué par la compétitivité.

De même le DPT répond également aux orientations nationales exprimées par le gouvernement à travers la lettre de politique de développement rural décentralisé (LPDRD) adoptée en 2000. Cette démarche cadre également avec la nouvelle vision des agences d’aide au développement rural dont le principe clé est d’affecter directement les fonds aux bénéficiaires qui assureront le paiement des services auprès des différents prestataires (publics ou privés).

De 1999 à 2002, cette démarche de DPT a permis à l’INERA via les différents CRREA, d’établir sept (07) contrats de partenariat de recherche avec des organisations professionnelles de producteurs pour une enveloppe totale d’environ 30 millions de F CFA. Les résultats enregistrés sont très encourageants, mais la limitation des ressources ne permettait pas de répondre aux sollicitations de toutes les organisations professionnelles de producteurs.

En ce qui concerne la vulgarisation, plusieurs mesures ont également été prises, telles que la réorganisation du réseau d’encadrement pour une plus grande qualité des messages, la redéfinition du rôle des PAPEM et de l’approche en matière d’adaptation des technologies et d’une manière générale l’orientation vers une démarche de type « Offre de service guidée par la demande ».

De même, d’autres mécanismes ont été mis en place au niveau de la recherche en vue d’assurer une liaison permanente avec les producteurs et les vulgarisateurs. On notera ainsi :

  1. Les comités techniques régionaux de recherche, mécanismes par lesquels les différents acquis de recherche sont périodiquement examinés avec les utilisateurs (producteurs, vulgarisateurs, ONG, projets et programmes de développement, décideurs…) au niveau de chaque CRREA.
    Ces fora permettent également d’engager le dialogue avec les producteurs pour une prise en compte de leur « desiderata » dans la mise en œuvre des actions de recherche.
  2. Les commissions de programmes, instances au cours desquelles l’occasion est donnée aux partenaires et spécialistes (y compris ceux de la vulgarisation et des représentants des organisations de producteurs, du secteur de l’agro-industrie…) d’apporter leur contribution sur la pertinence des actions de recherche envisagées.
  3. Les journées recherche-développement, à travers lesquelles producteurs, vulgarisateurs, sociétés de développement, firmes, projets et programmes de développement… échangent et font le point des préoccupations en matière de recherche-développement, des résultats atteints et des perspectives en matière d’investigations ultérieures pour la région concernée.
  4. Les ateliers mensuels de revue de technologies (AMRT), mécanismes par lesquels les connaissances nouvelles sont périodiquement discutées avec les techniciens spécialisés de vulgarisation qui à leur tour transmettent le savoir aux agents de vulgarisation de base chargés du travail d’animation avec les producteurs. L’AMRT s’inscrit dans le cadre des formations en cascade du système national de vulgarisation agricole (SNVA), clé du mécanisme de transfert des nouvelles connaissances aux producteurs.